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  • Toute routine a de la violence

    L’aliénation est la routine du travail

    Le travail est la routine du salarié

    Exploiter est la routine du patron

    Chez nous la routine est se réveiller tôt

    Dans les rues, la routine… c’est la peur

     

    Le massacre est la routine de la prison

    La routine de l’État est l’exception

    Le châtiment est la routine de la caserne

    La routine des entreprises… est le cartel.

     

    Crier est la routine qui fait du bien

    Le silence est la routine qui convient

    À ceux qui font de l’oppression une routine

    En uniforme ou en soutane, peu importe

     

    Protester est la routine des braves

    Des gens qui affrontent le génocide

    Pour l’indigène la routine est la tuerie

    La routine aux favelas est l’obituaire

    La routine aux palais… c’est le contraire

     

    L’évasion fiscale est la routine des friqués

    Le capital a la routine du mépris

    La routine de ceux qui disent « durable »

    Est faire le savoir indigène… vendable

     

    La routine de la police est la vengeance

    La lutte est la routine du changement

    La routine des médias est le cynisme

    La routine des play-boys… est l’hygiénisme

     

    La violence est la routine du salarié

    La violence est la routine des prisons

    La violence est la routine qui convient

    La violence est la routine du mépris

    La violence est la routine de la caserne

    La violence est la routine du cartel

     

    Il ne s’agit pas de casser une banque

    Toute routine est violente

  • Hymne à la Rue, en Français

    Elle est plus que l’asphalte où je marche
    Elle est le chemin qui nous porte à la liberté
    Quand les peuples opprimés la conquièrent
    Elle est la partie la plus belle de la ville
    C’est elle qui entend nos cris
    Le rire, le pleur, le cri de douleur
    Les bombes, les tirs, les coups brutaux
    De qui fait la guerre et parle de la paix

    Elle est aux chants, aux tambours
    C’est le peuple uni qui la détient
    Elle est aux drapeaux, aux barricades
    Elle est à tous, parce qu’elle n’appartient à personne
    Elle n’est pas aux maîtres, ni aux patrons
    Elle n’est pas une possession, ni un bien
    Ni aux États, ni aux nations
    Elle est à tous, parce qu’elle n’appartient à personne

    Rue. Second chez-soi.
    Premier terrain de foot.

    On veut que tu sois juste un chemin
    Pour qui te ruine avec de la fumée noire

    On veut que tu sois un sujet des urbanistes,
    Des ingénieurs
    Des criminologues

    Je veux que tu sois un sujet des poètes,
    Des amants,
    Et des peuples insurgés

    Je veux que tu sois
    À ceux qui t’ont bâtie et qui ne peuvent pas en profiter
    Parce qu’ils ont été rejetés, chassés

    Toute occupation qui résiste dans le centre ville
    A quelque chose de quilombo

    Elle menace la grande propriété urbaine
    Monoculture grise nourrie de pétrole et sueur
    La sueur de qui arrive dans les trains affolés

    Chaque bus qui arrive affolé des banlieues, plein de tourniquets
    A quelque chose de bateau négrier
    Transport inhumain de chair humaine
    Pour être hachée et désossée dans le travail

    Rue, tu es à tous
    À ceux qui hors du travail sont soupçonnés
    De voler, de vandaliser, de contester
    Ou de ne pas contribuer pour la croissance du produit interne brut

    Celui qui porte la capuche pour tuer dans les favelas a quelque chose de chasseur d’esclaves

    Rue,
    Je veux que tu sois aux femmes qui ont toujours appris à ne jouer que dans la maison
    Parce que la rue est dangereuse, violente
    Parce que la rue est des garçons qui ne respectent pas

    Rue, je te connais, ce qui te fait une menace aux femmes et aux jeunes filles
    Est la même oppression qui fait les maisons plus dangereuses
    Plus qu’aucune rue

    La rue est à tous les amours
    Elle est à ceux qui ont dû l’occuper
    Pour le droit d’exister

    Tout le discours moraliste qui s’oppose à l’égalité
    Qui s’oppose à l’autonomie du corps
    Est une sorte de tribunal de l’inquisition

    La rue ne comporte pas des privilèges
    Elle n’a pas de prix ni de propriétaire

    Elle est comme le vent, le soleil, la pluie
    La chaleur, les nuages, les couleurs
    Ma joie et mes douleurs.

    C’est pour ça qu’aujourd’hui je suis descendu dans la rue

    13 juin 2013, nuit froide
    On a pris la rue pour lui redonner ce qui lui appartient de droit
    Le lieu de la plus légitime assemblée

    Dans la télé 5 mil vandales sans cause interrompaient le trafic

    Dans les rues…
    15, 20 ou 30 mille personnes luttaient pour une vie sans tourniquets

    On nous appelait des « fous » comme on le faisait pour les « balaios », vanniers qui livraient combat ouvert au pouvoir en 1838
    Dans un pays bâti sur les corps, assis sur le sang
    Des exploités

    On nous appelait des « criminels violents » comme on appelle violente un fleuve qui tout emporte
    Mais non pas les rives que l’enserrent

    Des criminels, ainsi étaient appelés aussi les luddites,
    Les Black panthers, les zapatistes, les féministes,
    Les milices espagnoles, les guérillas d’Amérique Latine
    Les insurgés d’Istanbul, du Caire et d’Athènes
    De Buenos Aires, Paris, Cochabamba
    Péquin, Porto Principe, Gaza
    Londres, Soweto, Lisbonne

    Les travailleurs anarchistes de l’Italie ou de São Paulo
    Les habitants des quilombos de Jamaïque ou de Bahia
    Les rebelles et les poètes de toutes les périphéries

    Des fous, des criminels, des étudiants
    On veut nous enfermer dans les hôpitaux psychiatriques, dans les prisons, dans les écoles
    Loin de la rue

    On veut des grilles, des murs, des barreaux, des tourniquets
    Une ville où roulent les voitures, mais où les gens
    Sont renfermés

    Les journalistes, les docteurs, les hommes politiques ne peuvent pas comprendre
    Que la démocratie est bien plus que glisser une enveloppe dans une urne de temps en temps

    Que nous sommes prêts à faire notre histoire même dans les pires des conditions
    Que nous n’avons pas d’illusion, ni vivons-nous de fantaisies
    Nous sommes ceux qui bougent
    Et que pour ça nous sentons le poids des chaînes qui nous lient

    Ils peuvent mais ne veulent pas comprendre
    Que nous savons déjà que l’État et le capital sont des jumeaux conjoints
    Ils se disputent souvent, mais ils partagent le même sang et le même cœur
    Ils sont nés ensemble et ils mourront ensemble par les mains des exploités

    Que nous savons déjà que l’état de siège dans lequel nous vivons
    Est la règle générale
    Que cette paix que l’on nous offre n’est rien d’autre que de la peur

    Qu’une fois finie cette peur, il n’y aura personne qui puisse défendre leurs grandes maisons
    Et il ne manquera pas ceux qui ouvriront les portes par l’intérieur

    Que dans un temps de désordre sanglant et de confusion organisée,
    Rien ne nous semble naturel
    Rien ne nous semble impossible de changer

    Que maintenant on se moque des mensonges de la télé
    (Un policier qui casse les vitres de sa propre voiture de police)
    Que le roi est nu et sa photo est sur les réseaux sociaux

    Qu’en nous organisant nous avons désorganisé
    Et que c’est en désorganisant
    Que nous allons nous organiser

    Rien qui puisse arriver ne va nous ôter le sentiment
    D’être montés à l’assaut du ciel
    D’avoir vu surgir la vie à travers la fumée du lacrymogène

    On a arraché la politique aux mailles du monde profane

    Nos mots sont dédiés à
    Ademir, André, Carlos Eduardo
    Cleonice, Douglas, Eraldo
    Fabrício, Igor, Jonatha
    José Everton, Lucas, Luiz
    Marcos, Renato, Roberto, Valdinete

    Et à toutes les victimes anonymes de la violence d’État
    Dans la défense féroce du Capital

    Dans la rue un monument ne peut pas être innocent
    Dans la rue ceux qu’y sont tombés reviennent pour lutter avec nous

    Si l’ennemi triomphe, même les morts ne seront pas en sûreté
    Nous combattons pour qu’ils ne meurent pas la mort de l’oubli
    Nous combattons pour empêcher la victoire de l’ennemi